Témoignage des frères de Bangui

Publié le 3 Avril 2014

"Je pense que nous ne pouvons pas rester indifférents à la situation de nos frères de Bangui. Pour la plupart de nos frères centrafricains, leur famille ont dû fuir leur maison. Tout a été pillé chez eux et ils vivent dans des conditions précaires. Dans vos actions de Carême, je vous demande de bien vouloir penser à notre solidarité avec nos frères de Centrafrique, afin qu'ils puissent aider ces familles à se nourrir chaque jour et à pouvoir, quand ce sera possible, réintégrer leur maison."

Frère Michel Lachenaud, op, Prieur provincial de la Province de France

 

Pour aider les frères dominicains de Bangui, adressez un chèque à l'ordre de Province Dominicaine de France- Don pour Bangui- 222 rue du Faubourg-Saint Honoré- 75.008 Paris

Témoignage des frères de Bangui

Que se passe-t-il en Centrafrique ?

Depuis le 24 mars 2013, un groupe de rebelles, constitué en majeure partie des
mercenaires tchadiens et soudanais, de confession musulmane, ont pris le pouvoir à
Bangui, renversant ainsi l’ancien président François Bozizé. Ces rebelles sont venus du
nord de la Républicaine centrafricaine ; dans les villages et villes où ils sont passés, ils
ont massacré et pillé des bâtiments administratifs, profané certaines églises chrétiennes, et se sont surtout pris aux biens appartenant à des chrétiens. Alors que jusque-là, les chrétiens ont vécu en harmonie avec la minorité musulmane. Ces violences se sont poursuivies pendant dix mois : faute de salaires, les milices se sont nourries sur le dos des populations. Pour se protéger contre les exactions des rebelles, les populations villageoises ont constitué des groupes d’auto-défense (les« Anti-balaka »). Contrairement à ce que l’on pense, ces groupes d’auto-défense ne sont pas des groupes de chrétiens. Le 5 décembre 2013, les groupes d’autodéfense dits « Anti-balaka » ont fait leur entrée dans la ville de Bangui, en dépit de la présence des forces armées
internationales, provoquant ainsi l’exode massif des musulmans vers les pays limitrophes.

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La situation s’est apaisée depuis l’intervention armée de la communauté internationale
et le changement de gouvernement des derniers mois, mais beaucoup reste à faire (NDLR: pendant que nous nous entretenons avec nos frères de Bangui par téléphone, nous entendons des coups de feu, liés à l'attaque d'une maison voisine du couvent). La population, exposée à la violence, à la vengeance et à la vindicte populaire, est obligée d’aller trouver refuge dans des églises, des monastères, des couvents, des mosquées, des écoles, au Grand séminaire Saint Marc de Bangui-Bimbo, et dans bien d’autres camps de fortune dressés pour la circonstance. En outre, toutes les écoles étaient fermées, les hôpitaux sont devenus infréquentables à cause des exactions qui y sont souvent perpétrées par l’une ou l’autre milice. C’est donc dans ce contexte difficile qu’un autre cri de détresse similaire à celui de notre père saint Dominique s’est fait entendre : « Que va devenir la population centrafricaine abandonnée à elle-même ? ».
Dans tous ces sites, les préoccupations immédiates sont presque les mêmes : « J’ai faim…, j’ai soif…, Je suis étranger…, Je suis nu…, je suis malade…, je suis prisonnier (Mat 25, 31-46). Dans ces ostensibles lieux de précarité, beaucoup de personnes meurent, parce qu’elles ont juste manqué du peu pour survivre. Les gens dorment dehors, les prix des produits de première nécessité ayant flambé, les gens manquent de tout. Par ailleurs, il y a beaucoup de moustiques et donc le développement du paludisme en ce moment. Dans le seul service de pédiatrie que compte encore la ville de Bangui, le frère Richard a rapporté qu’une maman n’a pas pu convaincre les infirmiers de garde de sauver sa fillette mourante de quatre ans, hypothéquant son téléphone contre un médicament antipaludéen d’une valeur de 3000 Fcfa. L’autre problème est aussi celui de l’électricité. Nous en avons de 14h à 17h et la nuit c’est de 21h30 à 5h. Le reste du temps, c’est coupé.

Témoignage des frères de Bangui

Quelles sont vos activités dans cette situation ?
Nous ne pouvons qu’offrir notre présence et notre proximité à cette population meurtrie. Au cœur de ces violences, la population a besoin d’entendre une parole de paix. Elle a aussi besoin d’être écoutée, de dire sa souffrance. Et notre présence vaut donc son pesant d’or. Cela serait dommage comme pasteur de fuir la bergerie en laissant les brebis à la merci des mercenaires ! Le couvent rayonne localement grâce à la messe quotidienne, qui attire les gens du quartier et ceux du camp de déplacés le plus proche. Nous avons rendu visite aux membres de la famille dominicaine présents à Bangui : trois congrégations de sœurs apostoliques, et un mouvement de jeunesse dominicaine pour se soutenir mutuellement. Nous nous sommes rendus dans les familles des frères endeuillés : trois de nos frères ont perdu leurs proches parents ; d’autres ont vu leurs maisons pillées et vandalisées.

Nous sommes deux à rester sur place.

Le frère Richard est professeur et accompagnateur spirituel du Grand Séminaire et de la
propédeutique. Il assure de ce fait une présence auprès des milliers de déplacés hébergés dans les murs du séminaire.
Le frère Justin est professeur au grand séminaire et Directeur des études par intérim,
puis enseignant dans le secondaire. Il assure aussi une pastorale d’écoute et d’accompagnement auprès de quelques déplacés se trouvant dans le couvent des sœurs de l’Enfant Jésus de Rouen (de Nicolas Barré), voisines du couvent. Ensemble avec ces sœurs, il visite quelques camps de déplacés de la ville, apportant une aide simple : distribution de biens de première nécessité, ateliers ludiques avec les enfants.

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Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Tout d’abord, nous continuons, malgré l’insécurité, la construction de notre chapelle, commencée en novembre 2013. La toiture a été posée. Le frère Richard, avec la conférence des Supérieurs Majeurs de Centrafrique (dont il est secrétaire), participe à un projet d’un Institut des Sciences Religieuses. Il s’agit d’aider les chrétiens à mieux connaître leur Foi pour mieux en vivre. Le frère Justin compte mettre en place avec la famille dominicaine, un projet de Centre de Dialogue Inter-Religieux. Pour reconstruire l’avenir, il faut reconstruire la confiance.

Il est urgent de mieux se connaitre entre centrafricains de diverses confessions. Nous gardons le moral et le sourire. Mais nous avons besoin de votre aide et de votre prière à tous !

Venir en aide aux frères de Bangui

«La communauté de Bangui voudrait saisir cette occasion pour témoigner de sa gratitude à toute la Famille dominicaine du monde entier qui continue de nous manifester son soutien dans la prière et les messages de réconfort. C’est aussi le lieu de remercier tous les frères et toutes les communautés qui nous ont manifesté leur solidarité en répondant à l’appel à l’aide du Prieur provincial. Les dons reçus nous ont permis d’acheter des denrées alimentaires (sacs de riz, cartons de sardines), des médicaments, et des produits de lessive pour les déplacés des 3 sites visités sur les 52 que compte actuellement la ville de Bangui. 

Chers frères, vous ne saurez imaginer combien vos petits gestes ont pu sauver beaucoup de vie. Les déplacés qui ont reçu les dons venus de votre part nous charge de vous dire « kota singuilà », un grand merci. »

frères Richard Appora-Ngalanibé et Justin Ndéma, op à Bangui 

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