Ce que dit la foi: résurrection des corps et handicap

Publié le 7 Novembre 2013

Ce que dit la foi: résurrection des corps et handicap

Par le Frère Emmanuel Dumont, op

Qu’est-ce que le handicap peut nous dire de Dieu ? Y a-t-il une théologie du handicap ?

La Bible et la Tradition abordent le handicap de manière diffuse, à travers des situations d’infirmités ou de possessions. Elles sont parfois des signes de péchés dans la première Alliance. Elles sont souvent pour le Christ, des occasions de guérisons visibles, signes de guérisons invisibles.

Aujourd’hui le handicap est abordé en théologie selon au moins trois approches : une approche pratique, qui réfléchit aux moyens d’inclure les personnes handicapées dans l’Eglise, une approche anthropologique, qui repense la vulnérabilité de toute personne à partir de la situation particulière de la personne handicapée et une approche libérationniste, qui s’intègre dans la vision du monde que des penseurs en situation de handicap ont d’eux-mêmes. Le point commun de ces différentes approches est de penser à la fois notre corps comme donné et limité et les situations que nous vivons comme ouvertes et illimitées.

Handicap et résurrection

Assumer notre corps avec ses limites et ses invalidités, c’est le cœur du message de l’Incarnation. Un moyen de préciser la valeur du handicap, est de réfléchir à sa persistance à la Résurrection, grâce à l’action du « Seigneur Jésus qui transformera nos pauvres corps à l'image de son corps glorieux» (Lettre de Saint Paul aux Philippiens, chapitre 3, verset 21). Pour Saint Augustin, tout ce qui n'est pas glorieux en nous, sera soustrait dans la vie éternelle (Cité de Dieu, L. XXII, ch. 19). Et Saint Thomas d’Aquin va dans le même sens : « La nature doit ressusciter sans défaut telle Dieu l'a faite, telle Dieu la refera. » (Somme Théologique, Supplément, Qu.81, art 2, ad.1). Pour ces auteurs, il semble que nos invalidités disparaîtront à la Résurrection car elles ne sont pas glorieuses.

Un Christ handicapé à la résurrection ?

Si on associe le handicap à une blessure, alors les stigmates du Christ témoignent de la conservation des handicaps à la Résurrection. En effet, le Christ apparaît aux disciples comme ressuscité, avec les marques de ses mutilations : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté» (Evangile selon saint Jean chapitre 20, verset 27). A la Résurrection, l’invalidité paraît conservée, voire glorifiée. Ici, Dieu semble se montrer « handicapé » par ses stigmates, comme le dit la théologienne Eiesland (The disabled God, Toward a liberatory theology of disability, Abingdon Press, Nashville, 1994). Pourtant, Saint Thomas d’Aquin fait remarquer que les blessures du Christ ne sont pas des invalidités comme les autres. Ce sont « des traces de sa vertu, et une beauté spéciale apparaîtra aux emplacements de ces blessures. » (Somme Théologique, IIIa, Qu.54, art.4). Or la plupart des invalidités ne sont pas dues à des actes de vertu, elles ne peuvent pas être comparées aux blessures du Christ.

La résurrection: une glorification des particularités, non une normalisation

Il faut donc aborder la question d'un autre point de vue. Dans leurs raisonnements, tant Saint Augustin que Saint Thomas citent le verset suivant : « pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. » (Evangile selon saint Luc chapitre 21, verset 18). Ceci peut vouloir dire que toutes les propriétés de l’homme sont conservées après sa mort, y compris ses propriétés qui, dans ce monde, le mettent en situation de handicap. Saint Thomas exprime cette idée lorsqu’il compare la perfection des différentes personnes qui ressusciteront : «Tous les hommes auront le même âge, c'est-à-dire, non pas le même nombre d'années, mais le même état de perfection naturelle, » (Somme Théologique, Supplément, Qu.81, art 2, ad. 1). La perfection du corps ressuscité, cette gloire évoquée plus haut, n’est pas à comprendre comme une normalisation des corps à la résurrection mais plutôt comme la glorification de leurs particularités. Autrement dit, la déficience physique ne nuira pas à la perfection naturelle à la résurrection.

S’interroger d’un point de vue théologique sur le handicap change donc notre regard sur Dieu. Il nous fait contempler une nouvelle fois le Christ qui s’est laissé blessé dans son Corps. Et il change notre regard sur le handicap. Le handicap ne se confond pas avec les situations difficiles auxquelles ceux qui le portent sont confrontés, mais il devient une partie de notre identité appelée à être glorifiée.

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Le Caravage, L'Incrédulité de saint Thomas, 1603

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