Ce que dit la foi: la destination universelle des biens

Publié le 20 Décembre 2013

Ce que dit la foi: la destination universelle des biens

par le Frère Benoît Ente, op

L'eau va à la mer et l’or dans la bourse du riche (Alt vand flyder til strand oge penge til den rige mand). Ce proverbe dannois illustre la triste réalité qu'un homme riche (ou un pays) use souvent de son influence pour attirer à lui de nouvelles richesses au détriment des plus pauvres. Face à cette situation, la Bible, dans le livre du Lévitique (chapitre 25), pose un rempart : l'année sabbatique qui trouve son aboutissement dans l'année jubilaire.

Comme le sabbat chez les juifs conclut la semaine de sept jours, de même l'année sabbatique conclut chaque cycle de sept années. Cette septième année est celle du repos de la terre. Elle ne doit pas être cultivée ni les fruits récoltés. Selon le rabbin Abraham Isaac Kook, elle représente un répit du labeur terrestre, de tout ce qui a trait aux affaires, afin que la terre et le peuple puisse se régénérer spirituellement. Durant cette année, la nourriture est partagée entre tous : riches et pauvres, maîtres et esclaves, juifs et étrangers, hommes et bêtes ; les dettes sont remises, et chacun a la possibilité de racheter un bien (terre ou maison) qu'il aurait été contraint de vendre auparavant. Ensuite, après sept cycles de sept ans survient l'année jubilaire la cinquantième année. Les prescriptions de l'année sabbatique parviennent à leur aboutissement : les esclaves (juifs) sont libérés sans condition et le peuple retrouve la possession du patrimoine de ses aïeux. Ainsi, pendant le jubilé, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres sont réduits et chacun peut recommencer une nouvelle vie en partant sur une base commune avec celle de ses frères.

La pensée sociale de l'Église affirme la destination universelle des biens, principe sous-jacent au jubilé se formulant ainsi : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu'elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice inséparable de la charité. » (cf Concile Œcuménique Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, 69). Ce principe s'appuie sur le fait que : « la première origine de tout bien est l'acte de Dieu lui-même qui a créé la terre et l'homme, et qui a donné la terre à l'homme pour qu'il la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits (cf. Gn 1, 28-29). » (cf Jean-Paul II, Encyclique Centesimus annus, 31) Ainsi, chaque personne humaine bénéficie du droit de pouvoir jouir du bien nécessaire à son plein développement. Il s'agit d'un droit naturel c'est-à-dire appartenant à la nature humaine, et prioritaire c'est-à-dire qu'il a la priorité dans l'organisation sociale, les systèmes législatifs et judiciaires. Or nous constatons aujourd'hui un accroissement de l'écart entre les plus riches et les plus pauvres, encore aggravé si nous élargissons la notion de "bien" aux fruits du progrès technologique. C'est pourquoi, l'enseignement social de l'Église invite à imaginer des nouvelles lois, des aménagements de loi et des accords internationaux pour que soit réellement mise en pratique dans le monde la destination universelle des biens.

Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous… Le Christ va au-delà des principes et des lois. Il renverse la façon de penser la question du patrimoine. Il ne donne pas une Loi de plus, il se fait pauvre lui-même. Il ne propose pas une loi extérieur à l'homme, mais un changement intérieur de son coeur. Alors que le monde promet le bonheur à ceux qui consomment, Jésus présente le modèle d'une vie sobre comme source de bonheur et chemin privilégié pour parvenir au Royaume de Dieu. Les paroles de Jésus ne visent pas à justifier les inégalités, mais à nous attacher au seul véritable bien capable de combler le coeur de l'homme : la communion au Christ qui est aussi amour de Dieu et du prochain.

Pour aller plus loin :

La corne de bélier ("yobel") sonnant le début du jubilé chez les Juifs

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