Comprendre: les inégalités de patrimoine dans le monde

Publié le 20 Décembre 2013

Comprendre: les inégalités de patrimoine dans le monde

par François-Xavier Cuche, Laïc op

En termes économiques, le patrimoine est l’ensemble des biens, droits et obligations ayant une valeur économique, dont une personne est titulaire ou tenue. Pour parler très simplement, disons que c’est l’ensemble des biens matériels (maison, voiture, yacht privé, par exemple) ou immatériels (actions bancaires, livrets d’épargne, par exemple) dont elle est propriétaire. Le patrimoine ne se confond donc pas avec le revenu (c’est-à-dire les sommes d’argent que perçoit la personne : salaires, intérêts d’un livret bancaire, par exemple), mais il suscite des revenus (c‘est vrai en particulier du patrimoine financier). Le patrimoine est plus déterminant pour mesurer la fortune d’un individu (et déjà pour la constituer) que son niveau de revenu.

Or, alors que les inégalités de patrimoine sont plus injustes que les inégalités de revenus - puisqu’elles ne sont que très partiellement liées au travail, mais beaucoup à l’héritage et aux placements spéculatifs - elles sont bien plus fortes encore.

Selon le rapport Global Wealth Databook 2012 du Crédit Suisse, analysé par l’Observatoire des Inégalités, en 2012 le patrimoine mondial total détenu par les habitants du monde était estimé à 223 000 milliards de dollars, soit une moyenne de 49 000 dollars par individu. Un pour cent des êtres humains détenaient à eux seuls 46% de ce total. D’une façon un peu plus large, 8,1% d’habitants du monde se partageaient 82, 4 % du patrimoine mondial avec un patrimoine égal ou supérieur à 100 000 dollars par personne.

En sens contraire, 69, 3 % des habitants avaient un patrimoine égal ou inférieur à 10 000 dollars par personne et possédaient en tout 3,3 % du patrimoine mondial. Pire : les 50% les moins favorisés des habitants du monde ne détenaient qu’un pour cent de ce patrimoine. À vrai dire chacun d’entre eux ne possède rien, une case, quelques instruments aratoires, pratiquement rien.

Donc chaque personne figurant parmi le un pour cent de la population mondiale le plus favorisé a un patrimoine plus de 2300 fois supérieur à celui détenu en moyenne par une personne figurant parmi les 50% les moins favorisés. Encore faudrait-il ajouter qu’au sein même de cette moitié la moins favorisée de la population mondiale les inégalités ne sont pas moins fortes. À titre de curiosité significative, on peut noter que l’homme le plus riche du monde détient une fortune 19 millions de fois supérieure à la richesse médiane par individu (c’est-à-dire celle détenue par une personne qui serait plus pauvre qu’une moitié de la population et plus riche que l’autre moitié) et 100 millions de fois supérieure au seuil de pauvreté mondial.

Ces chiffres ne concernent pas les inégalités entre pays, mais entre riches et pauvres. Il inclut donc les riches des pays pauvres parmi les privilégiés de ce monde (un Indien, par exemple, fait partie des 10 hommes les plus riches du monde) et de nombreux hommes d'affaires, politiciens, etc., des pays pauvres figurent parmi ces privilégiés. Bien entendu, la majorité des riches sont dans les pays riches, mais un milliardaire africain est aussi riche qu'un milliardaire européen et avec un écart infiniment plus grand par rapport à ses propres concitoyens. Cela étant dit, si nous regardons les inégalités entre régions du monde , elles sont elles aussi très importantes, et peut-être plus graves encore. Pour une population guère supérieure à celle de l’Afrique (1, 3 milliards d’habitants contre 1 milliard) le monde occidental (Europe + Amérique du Nord) détient 62% du patrimoine monétaire du monde (et 67% du patrimoine tout compris) contre 1% au continent noir. L’Inde (1,2 milliards d’habitants) en détient 1,4 % seulement.


Il est clair que les inégalités de patrimoine, aussi bien au sein des pays riches qu’entre pays riches et pays pauvres, sont à l’origine de situations de misère dans le monde. Ainsi un habitant des Etats-Unis vit-il en moyenne avec 42 000 dollars par an, alors qu’un Éthiopien, lui, doit survivre avec 980 dollars par an (moins de trois dollars par jour) en moyenne.

Bien entendu, tous ces chiffres demanderaient précisions et analyses plus poussées. D’une civilisation, d’une région du monde à l’autre, les mêmes biens n’ont pas la même valeur, les besoins ne se définissent ni ne se hiérarchisent de la même façon, la richesse ne s’évalue pas selon les mêmes critères. En outre, d’un pays à l’autre, les rubriques statistiques ne sont pas exactement les mêmes, ce qui complique la comparaison. Mais la brutalité des chiffres est telle que l’on ne saurait sérieusement contester la gravité des inégalités ni que celles-ci contredisent toute idée de développement collectif et solidaire.

Quels remèdes ? Concernant une meilleurs répartition des richesse à l'intérieur d'un pays, deux grandes directions de recherche apparaissent : d’une part les politiques fiscales (et notamment la fiscalité de l’héritage, puisque ce dernier est un des principaux vecteurs d’inégalité et de domination dans nos sociétés), d’autre part les politiques de limitation des rémunérations les plus élevées. Même si ces dernières ne s’attaquent qu’aux revenus, l’on ne peut oublier que plus les revenus d’une personne sont élevés, moins ses ressources sont liées à ces revenus, parce que l’argent gagné permet d’investir dans la constitution d’un patrimoine plus rentable encore que les salaires et les primes.

La croissance est l’ultime remède. Les inégalités se sont toujours resserrées dans les périodes de croissance et aggravées dans les périodes de crise comme celle que nous vivons aujourd’hui.

Pour aller plus loin:

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