Ce qui dit la foi: la fin de vie

Publié le 10 Janvier 2014

Ce qui dit la foi: la fin de vie

Par le Frère Michel Demaison, op

La « bonne mort » est considérée depuis longtemps par les chrétiens comme le terme souhaité de leur vie. « Bonne » ne signifie pas forcément sereine, mais vécue en union avec le Christ : car c’est en sa Pâque que peut se manifester le sens ultime, la vérité de notre fin terrestre. L’objectif n’est donc pas de maîtriser, jusqu’à vouloir les dépasser, l’angoisse et la souffrance, encore moins de prétendre les dominer par un prétendu acte de liberté mettant fin à une vie.

L’approche de la mort est pour le chrétien la dernière étape de sa marche à la suite du Christ. La plupart du temps, elle est une traversée d’épreuves physiques, morales et spirituelles, elle est un combat de la foi et de l’espérance contre la fascination du néant, la tentation du désespoir. Croire et espérer que le Christ accueille tous ceux qui se confient et s’abandonnent à lui, c’est témoigner que l’amour peut être plus fort que la mort. Les positions de l’Eglise sur la fin de la vie humaine reposent sur ce fond doctrinal. On pourra se reporter spécialement à l'encyclique de Jean-Paul II L'Evangile de la vie (spécialement le numéro 64 et suivant) ou au texte Respecter l'homme proche de sa mort (Déclaration du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, 23 septembre 1991) qui bien qu'ancien reste tout à fait d'actualité.

Les sociétés contemporaines sont amenées de plus en plus à prendre en charge des situations qui incombaient naguère aux familles et aux proches. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution rapide : le nombre croissant de décès en institutions, l’allongement de la durée de la vie, l’efficacité des techniques pour prévenir et soulager les souffrances, les lois imposant de respecter les droits des patients . Les organismes et les protocoles désignés par l’expression « soins palliatifs » tentent de répondre à ces nouvelles données. Ils reposent sur deux bases : le refus de pratiquer l’euthanasie active, l’arrêt des traitements curatifs devenus inutiles. On substitue alors à ceux-ci les antalgiques, les soins d’hygiène et de confort, et surtout des modes de présence qui permettent de vivre le temps qui reste le mieux - ou le moins mal - possible.

L’Eglise ne peut qu’encourager et soutenir le développement de ces structures, hospitalières ou ambulatoires, qui sont encore largement insuffisantes en France. Il lui revient de les pourvoir en aumôniers, clercs et laïcs, pour que les demandes spirituelles des patients, voire des soignants, soient entendues et exaucées selon les souhaits de chacun.

Il arrive que des malades refusent d’entrer dans ces unités de soins parce qu’ils les voient comme des mouroirs où on ne fait qu’attendre la mort, et parfois ils craignent qu’on en précipite l’échéance ; d’autres y vont comme dans une maison de repos ou de réadaptation, ou du moins le laissent penser. Il faut bien le reconnaître : quelles que soient les situations, la qualité des prises en charge, les convictions personnelles, l’être pensant affrontera toujours, comme en un combat (c’est le sens du mot agonie), son destin de mortel opposé à son vouloir-vivre. Les chrétiens aussi l’éprouvent, mais ils ne s’en étonnent pas : leur vie durant et jusqu’à la dernière heure, ils demandent au Christ sa lumière pour affronter les ténèbres, celles du mal sous toutes ses formes, dont la mort, et pour recevoir leur délivrance du Premier-Né d’entre les morts.

Ce qui dit la foi: la fin de vie