Comprendre: l'inégal impact des catastrophes naturelles

Publié le 7 Février 2014

Comprendre: l'inégal impact des catastrophes naturelles

Par Céline François et Alban Vallette d'Osia

96% C’est la part des habitants de pays en développement parmi les victimes réfugiées des catastrophes naturelles.

Le constat: catastrophes naturelles et inégalités économiques

Si les catastrophes climatiques frappent aveuglément, nous pouvons pourtant nous questionner sur ce constat : Les populations les plus pauvres au monde sont les plus touchées par les catastrophes naturelles. Selon le rapport de l’Observatoire des situations de déplacement interne, 32.4 millions de personnes ont été forcées de quitter leur domicile suite à une catastrophe naturelle en 2012, dont 1.3 millions dans les pays du Nord. Soit près de 96% dans les pays en développement. Le gouvernement des Philippines estime le nombre de déplacés internes à environ 4 millions après le Typhon Haiyan, et le nombre de morts à 5200. De nombreux scientifiques énoncent que la progression significative de l'intensité des phénomènes climatiques est une conséquence directe du réchauffement de la planète. Selon un rapport du Forum humanitaire mondial publié en 2009 et présenté par Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, le réchauffement climatique tue 300 000 personnes par an. Les pays du Sud, et les 325 millions de personnes les plus pauvres du monde sont les plus touchés par le changement climatique et ses manifestations: ouragans, cyclones, inondations, pluies torrentielles, vagues de sécheresse, élévation du niveau de la mer...

Les catastrophes naturelles: causes et conséquences de pauvreté

Le risque naturel favorise cette pauvreté, si bien que cause et conséquence sont difficiles à démêler. Les pays pauvres, et en leur sein les populations les plus démunies, ont le moins de moyens pour prévenir les risques et pour réagir lorsque le risque se réalise. Dans son article « Catastrophes Naturelles et Vulnérabilité » de 2006, J. Dayton-Johnson définit le risque de catastrophe naturelle comme un problème de développement. Un aléa naturel qui se réalise ne devient une catastrophe qu’à cause du manque de capacité d’adaptation de ceux qu’il touche. Et la capacité d’adaptation est la combinaison de prévention et réaction. Seulement 11% des populations exposées aux aléas naturels vivent dans les pays en développement, mais 53% des victimes de ces événements viennent de ces pays. Les pays pauvres et leurs populations les plus pauvres n’ont pas la capacité financière pour se préparer et réagir. Les catastrophes détruisent régulièrement le capital de ces pays, obérant leur croissance.

Quelles interventions possibles ?

Cette injustice motive de nombreuses interventions humanitaires organisées et réalisées par des ONG. L’ensemble de ces interventions constitue l’aide humanitaire internationale. Le nombre d'organisations non gouvernementales, d'agences gouvernementales, intergouvernementales, d'acteurs des politiques territoriales, et d'organisations internationales est quasiment illimité. Mais les ressources manquent et il faut faire des choix dans l’approvisionnement et la reconstruction après ces catastrophes naturelles. Qui en est responsable ? Qui est légitime pour cette mission?

Les ONG sont-elles en mesure de faire elles-mêmes ces choix et de prévenir une double injustice lors de la reconstruction qui délaisserait encore les plus démunis, les minorités les moins accessibles ? Les ONG sont des acteurs à l’efficacité prouvée et dont l’éthique donne corps aux motivations humanitaires de leurs interventions. Certains scandales ont mis en lumière l’importance de la question éthique, et les progrès de la transparence des ONG consacrent la place incontournable de ces acteurs sur la scène humanitaire.

Cependant, l’action des ONG est de même nature que celle de la société civile : elle fonctionne sans structure unique, et sans coordination officielle. Si l’initiative et la diversité sont les traits indispensables d’une action humanitaire efficace, la coordination est garante d’une juste répartition des opérations. Il existe toutefois des structures qui favorisent la coordination : les États de certains pays donateurs, les Nations Unies, certains organismes de recherches et collectifs d’organisations internationaux.

Sur le terrain, la coordination des acteurs humanitaires passe souvent par l’ONU. Pour les situations de grande ampleur l’UNOCHA (Bureau des Nations Unies pour la Coordination de l’Action Humanitaire) prend un rôle de coordination. Toute ONG intervient librement, mais l’influence et la taille de l’ONU en font un acteur critique, soutenu par le CERF (Central Emergency Response Fund). On observe aussi des solutions spontanées ou ad hoc, telles que le rôle de soutien des réseaux mobiles aux Philippines ou l’action de forces armées multinationales pour l’accès aux zones dévastées.

D’abord grâce à des acteurs principaux de la scène internationale : les gouvernements des pays donneurs, l’ONU, ou encore l’Union Européenne (ECHO) montrent une volonté de participer et de soutenir l’action humanitaire. Comme le montre le partenariat de Busan, il a fallu du temps pour concilier la société civile et les Institutions publiques sur la scène internationale.

Ensuite, des regroupements d’ONG existent, comme par exemple Wango, ReliefWeb (initiatives des Nations Unies), ou encore ICVA Network, Coordination SUD, les collectifs ASAH et Humanis.

Enfin, la coordination prend aussi forme par la recherche et les standards d’action. IATI souligne l’enjeu crucial de l’information et de la recherche pour les intervenants et pour les pays en développement. Les initiatives sont assez dispersées, mais on peut visiter avec intérêt les sites de Development Initatives, Global Humanitarian Assistance, The Sphere Project, ou encore les réseaux des écoles, chercheurs et praticiens de l’aide humanitaire.

La responsabilité des Etats touchés par les catastrophes naturelles

Mais le plus responsable du bien être de sa population n’est-il pas l’État touché par la catastrophe lui-même ? Les États, touchés par des catastrophes naturelles, peuvent lancer un appel à la solidarité internationale. Au final, la décision d’intervenir d’une ONG est indépendante, même lorsque l’ONU relaie les appels et engage des missions. Mais il y a de l’espace pour intégrer les États dans la coordination des intervenants sur leur territoire.

L’exposition aux risques naturels est déjà inégale et injuste. Il est nécessaire de penser les interventions de reconstruction pour qu’elles soient bien réparties vers ceux qui en ont le plus besoin et vise le long terme. Ceci implique de trouver une interface entre les acteurs de l’aide humanitaire d’urgence et aide au développement, et donner à l’Etat souverain le soin d’administrer le pays et le choix de faire appel à l’aide au développement.

Si les catastrophes climatiques frappent aveuglément, la prévention, la reconstruction et l'aide au développement à long terme sont, quant à elles, les fruits de choix humains, politiques et économiques, fruits de la liberté de l'homme et de son souci, ou non, d'agir pour le bien commun.

Bibliographie

Site des Nations Unies et de l’assistance humanitaire : http://www.un.org/fr/humanitarian/overview/disaster.shtml

Centre de développement de l’OCDE, Jeff Dayton-Johnson, « Catastrophes naturelles et vulnérabilité », Cahier de Politique Economique n°29, retrouvé sur :

http://www.oecd-ilibrary.org/development/catastrophes-naturelles-et-vulnerabilite_202032656216;jsessionid=6cabvclvv304.x-oecd-live-02

OCHA, « ECOSOC : UN releases revised global humanitarian appeal », 17 juillet 2013, retrouvé sur : http://www.unocha.org/top-stories/all-stories/ecosoc-un-releases-revised-global-humanitarian-appeal

IRIN, « Atténuer les conséquences économiques des catastrophes naturelles », 11 décembre 2013, retrouvé sur : http://www.irinnews.org/fr/report/99308/att%C3%A9nuer-les-cons%C3%A9quences-%C3%A9conomiques-des-catastrophes-naturelles

IRIN, « Analyse: Comment acheminer l’aide aux survivants isolés du typhon », 11 décembre 2013, retrouvé sur : http://www.irinnews.org/fr/report/99309/analyse-comment-acheminer-l-aide-aux-survivants-isol%C3%A9s-du-typhon

IRIN, « Les télécoms au cours de l’intervention aux Philippines » , 4 décembre 2013, retrouvé sur : http://www.irinnews.org/fr/report/99262/les-t%C3%A9l%C3%A9coms-au-cour-de-l-intervention-aux-philippines

OCDE, Direction de la coopération pour le développement, « Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement », retrouvé sur : http://www.oecd.org/fr/cad/efficacite/partenariatdebusanpourunecooperationefficaceauservicedudeveloppment.htm

InterAction, « Has Busan Changed the World ? Or just your World?”, retrouvé sur: http://www.interaction.org/article/has-busan-changed-world-or-just-your-world

Sites Internet des organismes cités :

http://www.coordinationsud.org/

http://www.collectif-asah.org/accueil

http://www.humanis.org/

http://devinit.org/

http://www.sphereproject.org/

http://reliefweb.int/

https://icvanetwork.org/

http://www.wango.org/

http://www.aidtransparency.net/about

http://www.humanitarian.net/

http://www.odihpn.org/

http://digitalhumanitarians.com/

http://www.alnap.org/ourwork/networks

http://www.thehumanitariannetwork.org/

http://www.whydev.org/initiatives-and-partnerships/our-partners/

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