Ce que dit la foi: le logement

Publié le 11 Avril 2014

Ce que dit la foi: le logement

D’après une réflexion du père Bernard Devert pour montesinos.fr

Par le refus d’un toit qui leur est fait, les plus fragiles de notre société subissent le déni d’exister. Et pourtant, ils sont bien nos frères ! Dans son message de paix du 1er janvier, le Pape François nous le rappelle : « la fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée et témoignée. »

Mais de quelle fraternité parlons-nous quand un Français sur 6 est concerné par le mal-logement ? Nos mégapoles rejettent les plus pauvres au dehors. Ne savons-nous pas que la mixité sociale est une chance pour parvenir à une Société plus ouverte ? Combien de foyers, victimes d’un chômage massif et croissant, se trouvent en fin de droits, leur reste pour vivre ne leur permettant pas de demeurer dans leur logement. Ne savons-nous pas que la perte du domicile fait basculer de la précarité à la misère ?

C’est d’abord à nous qu’est posé le problème du logement de ceux qui n’en ont pas. Il nous renvoie à la parabole de Lazare et du riche (Luc 16, 19-31). Lazare est nommé et reconnu, mais le riche si affairé ne l’est pas, tant il est inhumain, lui qui n’imagine pas qu’il lui revient de prendre soin de ce pauvre, mort à sa porte. Il avait simplement oublié qu’exister c’est partager plutôt qu’amasser.

Les causes de ces injustices sont en nous les fruits de ruptures éthiques et d’un orgueil qui brouille notre capacité de discernement. Depuis plus de 60 ans, nous accumulons les statistiques sur les pauvres, mais rien ne change, rien ne nous change, et la crise du logement s’aggrave encore. Entendons la question du livre de l’humanité : « qu’as-tu fait de ton frère ? » La fraternité nous pose aussi une autre question : « qu’as-tu fait de ton Père ? », ce Père qui nous est commun et qui nous fait frères. Jésus, lui, parle de mensonges quand le nom de Dieu est prononcé sans qu’il suscite une attention au frère fragilisé.

Ce que dit la foi: le logement

Des crises, on espère en sortir, Dans une mutation, en revanche, on entre. C’est d’une mutation novatrice dont nous avons besoin, appelant l'audace et l'enthousiasme. Comme le rappelait récemment le Pape François "La nouvelle Jérusalem, la Cité sainte (Ap 21, 2-4) est le but vers lequel l’humanité tout entière est en marche. Il est intéressant que la révélation nous dise que la plénitude de l’humanité et de l’histoire se réalise dans une ville. Nous avons besoin de reconnaître la ville à partir d’un regard contemplatif, c’est-à-dire un regard de foi qui découvre ce Dieu qui habite dans ses maisons, dans ses rues, sur ses places (...)il y a des citadins qui obtiennent des moyens adéquats pour le développement de leur vie personnelle et familiale, mais il y a un très grand nombre de “non citadins”, des “citadins à moitié” ou des “restes urbains”. La ville produit une sorte d’ambivalence permanente, parce que, tandis qu’elle offre à ses citadins d’infinies possibilités, de nombreuses difficultés apparaissent pour le plein développement de la vie de beaucoup. Ces contradictions provoquent des souffrances déchirantes." (Evangelii Gaudium, n°71 et suivants)"Ouvrir le chantier de la réconciliation entre l'humain et l'urbain, n’est-ce point œuvrer à ce que les villes soient un espace possible pour tous ?

Voici deux axes de mobilisation qui seraient bien utiles pour aller dans ce sens :

- Plaider le "construire plus" et penser aussi autrement la ville. Revisiter l’aménagement du territoire pour rétablir des équilibres perdus et éviter de concentrer les emplois sur les grandes agglomérations quand des territoires meurent avec des milliers de logements vacants.

- Développer la finance solidaire pour favoriser une économie plus humanisée. L'épargne solidaire est d’ailleurs en progression constante en raison de l’écœurement suscité par les dérives de l’économie.

Il est une utopie qui ouvre sur un monde spirituel qui sans doute jamais ne se trouve mais toujours s'éprouve. Alors, peut se construire cette ville à "visage humain" dont Paul Eluard nous dirait : "il est un autre monde, il est dans celui-ci". Ne le désertons pas."