Initiatives: aider les couples en difficulté

Publié le 2 Octobre 2014

Initiatives: aider les couples en difficulté

Entretien avec Pascale Dutilleul, conseillère conjugale à Sceaux (92).

Vous exercez comme conseillère conjugale dans une ville proche de Paris, pouvez-vous nous décrire dans quel état d’esprit les couples viennent vous voir ?

Je vois beaucoup de couples qui, au fond, ne se connaissent pas : ils rentrent, ils mangent, ils s’occupent des enfants… mais ne se parlent pas. Au bout d’un certain temps, ils s’éloignent, ne communiquent plus, n’ont plus de relations sexuelles et s’aperçoivent qu’ils ne se connaissent plus. Ils essaient de se faire des signaux mais n’y sont plus vraiment attentifs. Dans un cas sur deux c’est alors l’adultère ou une autre stratégie de contournement du problème qui va constituer un électrochoc et mener à la volonté de divorcer. Je suis frappée par le fait que, pour beaucoup, le divorce est devenu quelque chose d’inévitable. On estime qu’avoir vécu 15 ans ensemble, c’est déjà pas mal et que divorcer permettra de se montrer fort, de reprendre sa vie en main ! Mais souvent les couples confondent la crise et la nécessité de divorcer : s’il n’y a plus d’amour maintenant, ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura plus ! La crise, en chinois, signifie à la fois chaos et progrès : la crise est l’occasion du chaos et du progrès. Quand ils viennent me voir, ces couples ne peuvent plus communiquer et mon rôle est de les aider, s’ils le souhaitent, à traverser la crise qu’ils connaissent.

Initiatives: aider les couples en difficulté

Comment procédez-vous concrètement pour les aider ?

Je prends les couples où ils en sont et je tente de les accompagner pour leur donner des pistes afin que leur cœur puisse se libérer, puisse libérer leur capacité d’amour. Il s’agit de faire en sorte que les couples réalisent leur complémentarité. Cette complémentarité est souvent difficile à vivre car elle renvoie chaque membre du couple à sa propre faiblesse. Par exemple, une personne qui a du mal à prendre des décisions va choisir un conjoint qui sait trancher. Mais ce qui constitue une complémentarité peut aussi être vécu comme un jeu de pouvoir au sein du couple. En faisant prendre conscience aux conjoints qu’ils sont complémentaires et que la différence est ce dont ils ont besoin, ils sortent de ces jeux de pouvoir qui les enferment. Pour que les couples arrivent à se parler, je leur fais décrire une situation concernant l’autre conjoint en quatre points : Qu’est-ce que j’observe de ce que tu fais ? Comment je me sens quand tu agis de telle ou telle manière ? Quel est mon besoin dans cette situation ? Qu’est-ce que je te demande ? Le but de cette démarche est d’aider les conjoints à sortir du reproche adressé à l’autre (« TU ne fais jamais ceci ou cela… ») et à passer du reproche à la formulation d’un désir ou d’un besoin à la première personne (« c’est important pour MOI, JE souhaite que tu fasses ceci ou cela… »). Il peut s’agir aussi d’aider les couples à lire leur histoire sur le long terme, sans se focaliser sur tel ou tel évènement douloureux (l’adultère d’un des membres par exemple) qui, pour blessant qu’il soit, ne remet pas nécessairement en cause l’ensemble de ce qui a été vécu par le couple. Il m’arrive enfin de recevoir chaque membre du couple seul à seul.

Initiatives: aider les couples en difficulté

Comment avez-vous décidé de vous engager dans le Conseil conjugal ?

Il y a plusieurs années, je vivais dans une ville nouvelle. J’avais été choquée par deux choses : la pauvreté de ce qu’on enseignait aux jeunes sur l’amour et la sexualité et le nombre impressionnant de couples qui divorçaient autour de moi. J’ai suivi une formation avec le CLER Amour et Famille pour parler d’amour et de sexualité aux jeunes dans les lycées et j’ai continué cette formation jusqu’au conseil conjugal. A la suite de mutations dans la profession que j’exerçais alors, j’ai décidé de m’installer comme conseillère conjugale rémunérée dans des locaux loués à ma paroisse. Depuis ce moment, j’ai parfois été confrontée à des situations difficiles, d’autres plus heureuses. Mais au fond, je trouve que c’est magnifique ces couples, qui viennent tristes, déçus d’eux-mêmes, de leur conjoint et qui font progressivement des efforts pour dire leurs émotions, leurs souffrances, leurs besoins et arrivent à mieux se faire comprendre et à comprendre la souffrance de l’autre. Plus de la moitié des personnes qui sont venues me voir sont reparties main dans la main, après quelques séances, et se disaient plus heureuses qu’avant la crise traversée par leur couple. Je souhaite vraiment que le conseil conjugal soit mieux connu car il éviterait bien des séparations douloureuses !

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