Initiative: le projet Songhai, favoriser le développement en Afrique

Publié le 16 Novembre 2014

Initiative: le projet Songhai, favoriser le développement en Afrique

Par le Frère Emmanuel Dumont, op

Pour comprendre le projet Songhai, il faut comprendre son fondateur. Godfrey Nzamujo, est né en 1950 à Kano, au Nigéria dans une famille de catholiques pratiquants. Il y acquiert une foi solide et un humanisme bien ancré. C’est un caractère fort, et c’est à la surprise de son entourage qu’il entre chez les Dominicains. Comme saint Dominique, il abandonne le milieu social favorisé de son enfance pour se mettre sur la route, au service des autres. Il puise depuis son inspiration dans la devise de l’Ordre (contemplata aliis tradere) qu’il interprété ainsi : « étudie, prie et partage-en le fruit avec tes frères pour les rendre libre ». Etudier, il le fait longtemps et après sa théologie, il part apprendre l’agronomie à l’université Loyola, Marymount aux Etats-Unis. A la suite de saint Thomas, Nzamujo cherche à mettre le meilleur de la science au service du bien commun. Il intégrera ainsi la recherche et le développement à tous ses projets.

En 1985, marqué par la famine qui fait alors ravage en Ethiopie, il décide de rentrer de Californie en Afrique. Il est profondément attaché à son continent et donne au projet qu’il fait naitre le nom de Songhai, un des grands empires que l’Afrique a connu. Sa priorité est alors de responsabiliser les acteurs économiques africains. Pour cela, il cherche à mettre en place un projet économique, auto-suffisant, écologique, intégré et durable. Il déclare au journal Libération : « Je voulais construire une économie durable qui convienne à l’Afrique, une économie basée sur la nature. Pour cela, il fallait amorcer de nouvelles forces, développer le capital humain et la technologie. » Il sait créer une véritable culture du succès, amenant ses collaborateurs de petits succès en petits succès à développer leur confiance en eux. Il témoigne ainsi de son expérience dans l'émission Le Jour du Seigneur (2007):

Extrait de l'émission Godfrey Nzamujo, père du développement au Bénin, Le Jour du Seigneur (2007)

Initiative: le projet Songhai, favoriser le développement en Afrique

La parabole des talents est ainsi au centre de son projet humaniste : chacun rend compte des ressources dont il dispose. Il revisite aussi la piété catholique. Par exemple, un vendredi saint, en guise de chemin de croix, il propose à sa communauté de creuser un étang car, dit-il, le travail est notre meilleure collaboration à l’œuvre de Dieu. Il compose ainsi de manière admirablement réaliste l’humanisme catholique et l’économie durable.

Le projet Songhai est multidirectionnel, et plusieurs centaines d’employés travaillent dans différents secteurs d’activités. L’agriculture est la première activité, ce qui est adapté à des pays à forte population d’agriculteurs. Il y a des exploitations très variées : maraichage, céréales, petits élevages, piscicultures. Ainsi, en plus des 17 ha de l’exploitation mère de Porto Novo, le projet compte aujourd’hui 5 exploitations agricoles au Bénin, et 3 au Nigéria. En aval, le projet a développé des activités dans l’énergie (panneaux voltaïques, biomasse) et dans l’industrie de transformation des produits agricoles (fruits séchés, gâteaux…). Les services se développent avec les télécommunications (trois cafés internet sont en activités), le micro-crédit, et maintenant, l’éco-tourisme.

Initiative: le projet Songhai, favoriser le développement en Afrique

Dans tous ces domaines, il s’agit toujours de produire plus avec moins, un principe de base de l’économie et de l’écologie, particulièrement adapté dans un pays avec peu de ressources. Ainsi, tout est recyclé au bénéfice de l’agriculture et de l’énergie (le méthane des bovins est brûlé pour le chauffage).

Mais la spécificité de Songhai réside dans son intégration locale : Le projet contribue au développement d’un écosystème économique beaucoup plus vaste. En amont de ses industries, il promeut le développement d’exploitations agricoles viables. Pour cela, des centres de formations attirent 700 adultes chaque année. En plus du soutien technique, les futurs entrepreneurs agricoles bénéficient de crédits adaptés. Et actuellement, un cursus de formation au leadership est mis en place.

Songhai est bien une magnifique mise en œuvre du développement intégral. Le projet est d’ailleurs intentionnellement reconnu, il a par exemple reçu la visite du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon

Pour aller plus loin :

Godfrey Nzamujo, Songhaï, Quand l'Afrique relève la tête, Cerf, 2002.

Timothy Radcliffe, The Dominican Way. L. Verboven (Ed.). Bloomsbury Publishing, 2011.

le site officiel de Songhai : www.songhai.org

La présentation de Songhai sur le site du volontariat international dominicain.

Un article de Delphine Bousquet dans Libération

Arte avait également consacré un reportage sur Shonghaï.