Ce que dit la foi: l'étranger dans la Bible

Publié le 12 Décembre 2014

Ce que dit la foi: l'étranger dans la Bible

Par le Frère Olivier Catel, op

Si nous sommes familiers des multiples appels de l’évangile à aimer l’étranger comme son prochain, nous oublions souvent que ce respect de l’autre, de l’étranger, est aussi un commandement solidement enraciné dans la loi de Moïse, dans l’Ancien Testament.

L’étranger dans le Pentateuque

Toute la Bible parle de l’étranger. Adam fut chassé du Paradis, la malédiction pesa sur Caïn qui, après le meurtre d’Abel, fut condamné à une interminable errance : « Désormais, tu es maudit, chassé loin du sol qui s’est entrouvert pour boire le sang de ton frère versé par ta main. » (Genèse 4,11). Abraham, quant à lui, se fit ainsi étranger, partit de chez lui, obéissant à l’ordre de Dieu : « L’Éternel dit à Abram: ‘Quitte ton pays, ta patrie et ta famille et va dans le pays que je te montrerai’. » (Genèse 12,1) Mais l’événement fondateur fut l’esclavage des Hébreux en Égypte qui furent étrangers et maltraités par Pharaon avant d’être libérés et rendus à la vie par la traversée de la Mer rouge.

Cette expérience fondatrice de l’identité du peuple hébreu fut la pierre d’angle sur laquelle repose la loi concernant le respect de l’étranger : « Tu ne maltraiteras pas l’étranger et tu ne l’opprimeras pas, car vous avez été étrangers en Égypte. » (Exode 22,20)

Exode, Marc Chagall, 1952-1966
Exode, Marc Chagall, 1952-1966

Que faire de l’étranger ?

La Bible pose une question qui ne peut que nous interpeller aujourd’hui : que faire de l’étranger ? de l’immigrant ? comment des émigrés, qui sont montés vers la Terre promise par Dieu, doivent-ils accueillir l’immigré ? La loi de Moïse distingue trois types d’étrangers : le « ger » (celui qui réside de façon prolongée), le « zar » (celui qui vit à l’étranger) et l’homme de passage.

Les lois concernant le « ger », c'est-à-dire le résident, témoignent de la bonté de Dieu pour tout homme. Le Code de l’Alliance (Exode 22-23) exige que l’étranger soit protégé d’une manière toute particulière, au-delà d’un simple souci humanitaire. Dans le Deutéronome, traditionnellement considéré comme un texte plus tardif que celui de l’Exode, le résident est parfaitement intégré et peut participer au culte. On lui doit l’aumône et même la dîme : « Tu diras devant l’Éternel, ton Dieu: ‘J’ai enlevé de ma maison ce qui est consacré et je l’ai donné au Lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve, conformément à tous les ordres que tu m’as prescrits. » (Deutéronome 26, 12). Un impôt cultuel se transforme ainsi en loi éthique.

L’étranger protégé par Dieu

Dieu s’engage personnellement à défendre « la veuve, l’orphelin et l’étranger », ceux qui n’ont aucune protection sociale et qui seraient victimes de violences ou qui ne seraient pas respectés. C’est bien Dieu lui-même qui punit : « Si tu leur fais du mal et qu’ils viennent à moi, j’entendrai leurs cris. Ma colère s’enflammera et je vous détruirai par l’épée; ce sont vos femmes qui deviendront veuves, et vos enfants orphelins. » (Exode 22,22–23) Cet engagement de Dieu pour l’étranger est une spécificité de la loi d’Israël. Cela rappelle la sortie d’Égypte… et donc la grande action de Dieu. Dieu donne à cette loi éthique une motivation théologique. Le livre du Lévitique va même plus loin (Lv 25,23) indiquant que l’étranger ne permet pas seulement de faire mémoire d’une condition passée, il rappelle la condition présente de tous les Israélites qui ne peuvent s’approprier la Terre qu’ils ont reçue car elle continue à appartenir à Dieu de toute éternité.

Nous le savons, nous sommes spirituellement des émigrés car : « en effet, ici-bas nous n’avons pas de cité permanente, mais nous recherchons celle qui est à venir. » (Lettre aux Hébreux 13, 14) Pour rechercher cette cité, nous qui sommes des étrangers sur cette terre, nous sommes appelés, dès ici-bas, à ne pas oublier l’étranger qui réside avec nous… mais ça, la loi de Moïse nous le disait déjà.

Pour aller plus loin :

Bible et Morale, sous la direction de Philippe Bordeyne, Lectio Divina, Cerf, 2003.