Comprendre: la situation des Roms en Europe

Publié le 12 Décembre 2014

Comprendre: la situation des Roms en Europe

Par Céline François

Les « Roms » n'ont pas bonne réputation ! [1] Prototype de la figure de l’étranger dans ses caractères les plus négatifs, minorité mal connue et décriée, suscitant haine, suspicions et rejet, les Roms sont massivement et depuis longtemps victimes de discriminations, de violences et de déni de droits.

De qui parle-t-on ?

Le terme Rom a été choisi dans une acception générique par l’Union Romani Internationale en 1971, et officiellement adopté par l’Union européenne (UE) et le Conseil de l’Europe.

Il inclut :

  • les Roms proprement dits (venant de Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Slovaquie, Serbie, Kosovo, Grèce...),
  • les Sintés et Manouches (France, Italie...),
  • les Gitans et Kalés (Espagne, Portugal...)
  • mais aussi les groupes de populations apparentés en Europe (les Voyageurs, les branches orientales [Doms,Loms], les personnes s'auto-identifiant comme Tziganes ou celles que l'on appelle « Gens du voyage »).

Les Roms ne constituent donc pas un groupe homogène : ils n’ont pas la même nationalité, le même profil migratoire, le même statut administratif, ils viennent de milieux socioculturels différents et n'ont pas tous la même religion.

Forgeron tsigane, T. Valerino, 1852
Forgeron tsigane, T. Valerino, 1852

Un peu d'histoire

Les Roms seraient arrivés en Europe entre le XIIe et le XIVe siècle. Ils auraient quitté l'Inde à partir du IXe siècle pour migrer, via la Perse, l'Arménie et l'Empire byzantin, sur l'ensemble du continent européen. La migration des Roms de l'Europe de l'Est vers l'Europe de l'Ouest s'est effectuée à partir du XVe siècle, dans le cadre des migrations de travail.

L’arrivée des Roms en France s’est faite par vagues successives: au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans les année 70 et à partir des années 90. Ces arrivées sont liées essentiellement à une migration économique, due aux grandes disparités de niveau de vie dans les pays d’Europe de l’Est, renforcées, dans le cas des populations roms, par un phénomène de ségrégation.

Citoyens Européens

Le nombre de Roms migrants en France est estimé entre 15000 et 20000. Selon les estimations reprises par le Collectif National Droits de l'Homme Romeurope (CNDH), 85% sont de nationalité roumaine ou bulgare et sont donc des citoyens de l'Union Européenne. Ils ont, à ce titre, les mêmes droits que tout autre citoyen de l’Union.

Comprendre: la situation des Roms en Europe

Et pourtant...

Force est de constater que cette minorité ne dispose pas des mêmes droits. Le Défenseur des droits a été interpellé par de nombreuses instances concernant notamment :

  • le droit des enfants (refus d'inscription à l'école de la part de certaines administrations ou mairies, conditions d’interpellation et d’incarcération...),
  • les questions complexes de sécurité sanitaire (difficulté d'accès aux soins et au droit à l'Aide Médicale d’État [AME]), de déontologie de la sécurité (conditions d’évacuations de terrains occupés et conditions d’éviction par les forces de l’ordre)
  • les discriminations dont ils font l’objet en matière d’accès au logement et à l’emploi »[2].

Concernant l'emploi, la France, comme d'autres États Membres de l'UE a maintenu, pour les ressortissants de Roumanie et de Bulgarie, des mesures transitoires restrictives à la libre circulation des travailleurs sur son territoire jusqu'au 1er janvier dernier. Cela a donc rendu quasi impossible l'accès à un travail légal pour les Roms entre 2007 (date d'entrée dans l'UE de la Roumanie et de la Bulgarie) et 2014. Aujourd'hui, ils peuvent accéder à l’emploi en France comme tous les autres ressortissants européens.

Leur situation aujourd'hui

Les Roms vivent d'une manière qui interpelle et heurte les Français. Selon un sondage BVA (du 27.09.13), 93% des personnes interrogées estiment que les Roms s'intègrent mal dans la société française. Mendicité, conditions socio-économiques extrêmement précaires, habitat dans des bidonvilles, « nomadisme », ne sont pourtant pas un mode de vie revendiqué par ces personnes[3] mais davantage les conséquences des inégalités de droits dont sont victimes les Roms.

La situation des Roms sur le territoire français est préoccupante et ne s'améliore pas, malgré des mesures comme la circulaire interministérielle du 26 août 2012 relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites[4]. Les Roms sont extrêmement marginalisés. La moitié des enfants n'ont jamais été scolarisés. Dans la plupart des squats et bidonvilles, les familles n’ont accès ni à l’eau, ni à des sanitaires, ni à l’électricité, ni au chauffage, ni au ramassage des ordures, en raison de refus opposés par les collectivités. Le seul dispositif d’accès aux soins auquel ils ont droit est l’AME, destiné aux étrangers résidant en France de manière ininterrompue depuis plus de trois mois. Néanmoins, peu d’habitants de bidonvilles et de squats y ont effectivement accès en raison d’attitudes illégales des administrations qui retardent voire empêchent leurs démarches. L’espérance de vie des Roms est inférieure de 8 à 15 ans à celle des populations majoritaires des pays dans lesquels ils vivent.

Comment espérer leur intégration alors que, manifestement, la volonté politique n'est pas présente et que leurs droits de citoyens européens ne sont pas tous reconnus ?

Pour aller plus loin :

[1] http://www.romeurope.org/IMG/pdf/20130613_guide_ceux_quon_appelle_les_roms-web-2.pdf

[2] http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/upload/rapport-roms-2013-06-25.pdf

[3] http://www.romeurope.org/IMG/pdf/20130613_guide_ceux_quon_appelle_les_roms-web-2.pdf

[4] http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2012/08/cir_35737.pdf