Comprendre: le rôle de l'ONU dans la promotion de la paix

Publié le 23 Février 2015

Comprendre: le rôle de l'ONU dans la promotion de la paix

Entretien avec Charles Tenenbaum, Maître de Conférence en Sciences Politiques, Enseignant-chercheur à Sciences Po (Paris) et à Sciences-Po Lille.

Comment qualifier le rôle joué par l’ONU depuis 70 ans pour promouvoir la paix dans le monde ?

Maintenir la paix et la sécurité internationale, c’est la vocation première de l’Organisation des Nations unies, celle que ses fondateurs ont inscrite dès le premier article de la Charte de San Francisco, adoptée en 1945. L’Organisation multilatérale universelle s’inscrivait alors dans une perspective de coopération internationale déjà au fondement de la Société des Nations, créée, à l’initiative du Président américain Woodrow Wilson au sortir de la Première Guerre mondiale. Depuis 70 ans, l’ONU offre ainsi un espace de dialogue pacifié à des acteurs toujours plus nombreux sur la scène internationale. Depuis la fin de la Guerre froide, opérations de paix, de médiation internationale ou encore programmes post-conflit ne se conçoivent pas sans les Nations unies, pour les réussites comme pour les échecs. Dans son action pour la paix comme dans la gestion de problématiques globales (santé, développement, droits humains, environnement, égalité hommes-femmes, conditions de travail, éducation, culture, etc.) on peut affirmer sans hésiter que l’ONU participe à la stabilité de l’ordre international contemporain.

Quel rôle jouent les Organisations Non-Gouvernementales (ONG) –et spécialement les ONG chrétiennes –au sein des Nations Unies ?

Dès le départ, les ONG ont été amenées à jouer un rôle important au sein des Nations unies, notamment par le biais du Conseil Economique et Social (ECOSOC) qui leur reconnaît un statut à part entière. Près de 3 000 organisations non-gouvernementales jouissent ainsi d’un statut « consultatif » auprès des Nations unies. Les ONG développent une activité de plaidoyer auprès de l’ONU comme des autres organisations multilatérales. Elles produisent également une expertise utile pour les instances de la coopération internationale. Participant à toutes les étapes de l’énonciation des normes internationales, les ONG prennent très régulièrement part au débat multilatéral dans le cadre, par exemple, des conférences globales des Nations unies.

Comprendre: le rôle de l'ONU dans la promotion de la paix

Certaines organisations à vocation confessionnelle ont joué un rôle déterminant dès la création des Nations Unies. C’est le cas des Quaker, une « Eglise de paix » déjà engagée du temps de la Société des Nations qui détient un statut consultatif auprès de l’ECOSOC depuis 1948. Plusieurs personnalités de tradition Quaker on également joué un rôle-clé dès les premières missions de paix de l’ONU, comme, par ailleurs, dans le développement des études sur la paix (Peace Research). La Communauté de Sant’Egidio, fondée à Rome en 1968 et restée proche du Vatican a développé une action de médiation internationale impliquant des formes de coopération rapprochée avec les Nations Unies. Catholiques ou protestantes, de nombreuses ONG se revendiquant de valeurs issues du christianisme sont présentes sur les terrains d’intervention des Nations unies. On peut citer l’ONG World Vision ou encore Caritas Internationalis, CCFD-Terre Solidaire, Mercy Corps, Life & Peace Institute.

Après 70 ans d’existence, l’ONU est parfois critiquée. Quelles réformes sont envisagées et envisageables pour améliorer son fonctionnement ?

S’agissant de la réforme des Nations Unies, on peut dire trois choses. La première concerne l’appel récurrent à la réforme du Conseil de Sécurité. Celui-ci a été marqué par un blocage pendant la Guerre Froide dû à l’affrontement Est/Ouest. Aujourd’hui, l’absence de réforme du Conseil de sécurité est intimement liée au droit de veto dont disposent les cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, Royaume-Uni, Russie et France). Sur ce point, un certain nombre de projets ont vu le jour depuis la fin de la Guerre Froide, appelant, par exemple, à l’élargissement du nombre de membres permanents ou à la modification des règles qui président à l’utilisation du veto dans la prise de décision au sein du Conseil. En publiant le rapport sur La Responsabilité de protéger (R2P), la Commission internationale sur l’intervention et la souveraineté des Etats entendait faire accepter le principe d’un abandon du recours au veto dans les cas de menaces imminentes et avérées contre les populations civiles. Mais ces élans de réforme restent en général à l’état d’ébauche tant la volonté politique des Etats membres fait défaut. On peut cependant souligner que les Nations unies ont connu des évolutions importantes au cours de leur histoire, que ce soit pendant ou immédiatement après la Guerre Froide. C’est le cas, par exemple, du développement des opérations de maintien de la paix et de la création, en 1992, d’un Département dédié à la conduite de ces opérations de plus en plus complexes. Depuis le milieu de la décennie 2000, on voit aussi apparaître des institutions spécialisées et professionnalisées dans la médiation internationale, qui opèrent en marge de l’action de personnalités éminentes, envoyés et représentants spéciaux du Secrétaire Général de l’ONU. Enfin, troisième point, cette difficulté à se réformer ne concerne pas uniquement les Nations Unies. Elle est aussi le fait d’autres organisations multilatérales qui ont toutes été confrontées, depuis 1945, à l’augmentation du nombre des Etats dans le monde et à la diversification du nombre des acteurs qui composent la mosaïque de l’action collective internationale.

Merci à Charles Tenenbaum d'avoir accepté de répondre aux questions de Montesinos.fr. Sa contribution à notre site et à cette thématique se limite à cette interview.