Entrer dans la prière: la finance

Publié le 31 Janvier 2016

Entrer dans la prière: la finance

Textes composés par Soeur Marie-Alice, op, moniale dominicaine à Orbey

Il prête son argent sans intérêt, ne prend pas de pot de vin contre l’ innocent (Ps 14, 5)

Voilà comment est décrit celui qui peut séjourner sur la montagne sainte. Apparemment cet homme dépasse le comportement habituel, moyen, qui ne fait que suivre ce qui se fait partout : prêter à intérêt. Il sort de l’obsession du chiffre, du résultat. Car le chiffre, c’est la marque de la bête dans l’Apocalypse qui est reconnaissable à son chiffre (Ap 13,18).

Avec un tel comportement (ne pas donner son argent avec un intérêt), ne va-t-on pas saper un des principes de base de la finance ? On me dira qu’aujourd’hui, avec les taux d’intérêt si bas, n’importe qui peut emprunter. Allez en parler aux personnes surendettées jusqu’au cou qui ne voient que le suicide comme échappatoire possible ?

Prêter à intérêt, c’est d’après la racine du verbe « piquer, mordre ». Celui qui emprunte souffre d’abord de ne pas avoir d’argent pour ses projets et ensuite il est dans l’obligation de devoir rendre plus. Le Deutéronome est pourtant clair : « tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, qu’il s’agisse d’un prêt d’argent ou de vivre ou de quoi que ce soit dont on exige un intérêt » (Dt 23,20; même idée pour les références Lv 25, 36, Ez 18, 13.17 ;22, 12 ).

La deuxième partie du verset 5 du psaume 14 est tout aussi éclairante : « Il ne prend pas de pot de vin contre l’innocent » (la traduction liturgique du psaume dit : « n’accepte rien qui nuise à l’innocent »). Le pot de vin, le cadeau, la largesse peuvent acheter, corrompre, aveugler. Là aussi, la clairvoyance du Seigneur est manifeste : « Tu n’accepteras pas de présent, car le présent aveugle les clairvoyants et compromet la cause des justes » (Ex 23,8 ; idem Dt 16, 19).

Entrer dans la prière: la finance

Pourquoi de telles recommandations ? C’est l’imitation de notre Dieu qui est en la raison : « Prenez garde à ce que vous faites car dans le Seigneur notre Dieu il n’y a ni perfidie, ni partialité, ni vénalité » (2 Ch 19, 7). Nous sommes appelés à lui ressembler d’une part, et d’autre part à reconnaître que l’argent ne nous appartient pas : « Au Seigneur le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants» (Ps 23, 1b).

L’exemple de Juda nous instruit. Notons que Jésus n’a pas fait appel, pour le service de la bourse commune, à Matthieu que sa situation professionnelle antérieure aurait prédisposé. Juda, après avoir livré Jésus contre de l’argent, déclare : « J’ai péché en livrant un sang innocent » (Mt 27,4). Oui, l’argent devenu une idole, une imitation de Dieu, l’a fourvoyé, il s’est trompé.

La cause est-elle perdue ? Non, si la finance retrouve et rencontre le visage de ceux à qui elle rend service, si la bulle de complexité et d’opacité volontairement entretenues éclate pour retrouver le réel, si elle accepte de cesser d’être vénérée comme une idole qui ne voit pas, ne marche pas, ne sent pas, ne touche pas (Ps 113b, 4-7), si elle cesse de ne travailler que pour elle. Bref, si elle se met au service de vrais visages, des pauvres et de tous ceux qui veulent aider les plus démunis, peut-être retrouvera-t-elle sa vocation première ?

Prions le Père de nous envoyer son Esprit saint :

  • Nous Te demandons, Seigneur, d’ouvrir le cœur et l’intelligence de ceux qui travaillent dans la finance : qu’ils aient le courage d’initiatives généreuses.
  • Nous Te prions, Seigneur, de susciter des personnes compétentes pour assainir « tout ce qui est tordu » et rendre sa souplesse de service à la finance.
  • Nous Te confions, Seigneur, tous les projets qui visent à venir en aide au plus démunis : qu’ils rendent plus humains ceux qui les financent