Initiatives: le Crowd-funding chrétien

Publié le 31 Janvier 2016

Initiatives: le Crowd-funding chrétien

Par le Frère Emmanuel Dumont, op

Face à la complexification des services financiers, des entrepreneurs cherchent à raccourcir les circuits de financement. De nouveaux services d’intermédiation émergent alors grâce à internet, pour faciliter la rencontre des épargnants et des porteurs de projets. Le crowd-funding, ou financement participatif est une de ces solutions innovantes. Face à la crise de confiance qui touche les institutions, ces solutions tissent des liens plus personnels entre partenaires. Grâce à elles, le donateur peut savoir exactement ce pour quoi son don sera utilisé. Elles touchent les jeunes générations, et s’inscrivent dans l’important développement des nouveaux vecteurs de générosité en ligne. Le crowd-funding peut se pratiquer sous forme d’investissements et de prêts, mais aussi sous forme de prêts sans intérêt ou de dons. Même si les montants restent modestes, la croissance du phénomène est exponentielle et ces solutions ont permis de lever 300 M€ en 2015.

Des services de crowd-funding spécialisé émergent. Ils sélectionnent des projets qui partagent une même vision, pour une même communauté de donateurs A travers ces services le particulier peut par ailleurs découvrir d’autres projets que celui par lequel il est arrivé sur la plate-forme de crowd-funding et gérer ainsi des dons réguliers pour les causes qu’il apprécie. De tels réseaux de confiance permettent d’aller plus loin qu’un simple don. La place du marché peut alors se faire lieu de discussion et d’échanges de services. En étant intégrés aux différents outils de communication numérique, ces services renouvellent les modes de solidarité des jeunes avec l’Eglise, qui en sont les principaux utilisateurs.

Les projets de Crowd-funding chrétiens en France

En France, deux initiatives chrétiennes ont émergé en la matière, fin 2014 : ChristFunding et CredoFunding. Chacune a son histoire.

Véronique Poins a lancé ChristFunding avec d’autres entrepreneurs numériques sur Rennes. Dans ce projet œcuménique, la recherche d’argent est apparue comme une vraie expérience spirituelle de rencontres. Des rencontres avec les agents pastoraux qui s’initient à la culture numérique ou avec les autres start-up de son incubateur, la cantine rennaise, qui découvrent la vitalité de l’Eglise. La « ligne éditoriale » est ici ouverte à des projets chrétiens, confessant ou non, culturels, paroissiaux ou caritatifs.

Eric Didio et son équipe, sur Lyon, ont lancé CredoFunding, un projet similaire au même moment. Son expérience de la banque lui a permis de profiter de la dérégulation du marché bancaire. Les particuliers peuvent ainsi donner ou prêter leur argent aux différents projets. La « ligne éditoriale » est ici centrée sur les communautés catholiques et sur des projets missionnaires.

Tous deux se sont lancés après une longue expérience en entreprise. Ils peuvent ainsi mettre leurs compétences de communication et de financement au service des projets ecclésiaux qui s’adressent à eux. Tous deux ont constitué des comités d’éthique pour évaluer les projets qu’ils soutiennent, intégrant ainsi profondément la doctrine sociale de l’Eglise dans leur entreprise. Le résultat est là avec un vivier de plus de 4000 donateurs par plateforme et des dons reçus entre 50€ et 120€ en moyenne, selon les mois.

Ces initiatives sont donc utiles pour améliorer la confiance entre les donateurs et l’Eglise et pour s’adapter aux nouvelles habitudes de communication. Quelques questions restent en suspens. Seuls certains types d’initiatives, très concrètes, peuvent être ainsi financés. Cela ne remplace donc pas les dons qui permettent aux institutions ecclésiales de fonctionner sur le long terme. D’ailleurs, le crowd-funding ne finance actuellement qu’une partie des besoins des projets soutenus, en complémentarité avec d’autres canaux financiers. Enfin, l’innovation nécessite une certaine maturation. Ainsi, l’adaptation des agents pastoraux aux nouveaux outils de communication est lente et doit être accompagnée. Et les montants qui doivent être récoltés pour que ces plates-formes soient viables sont plus importants que les pratiques des donateurs actuels.

Notons finalement que d’autres plates-formes existent : au sein des Sœurs de la Charité (http://www.projets-rosalie.com), au sein du diocèse de Fréjus-Toulon (https://don.frejustoulon.fr/), aux Etats-Unis (http://catholiccrowd.com), chez les protestants (http://igive.today/) ou chez les musulmans (https://www.easiup.fr).

Quelques ressources pour aller plus loin : http://www.lacantine-rennes.net/; www.web2rennes.fr

L’enquête 2015 de « générosité et solidarité » (http://www.recherches-solidarites.org/media/uploads/generosite-des-francais-2015.pdf)

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