Comprendre ces écarts d'espérance de vie

Publié le 28 Février 2013

Comprendre ces écarts d'espérance de vie

30 ans : c’est le temps nécessaire pour grandir, apprendre, se former, construire les fondements de toute une vie… 30 ans, c’est aussi le nombre d’années qu’un enfant naissant aujourd’hui au Japon ou en France peut espérer vivre de plus qu’un enfant né la même année au Congo ou en Sierra Léone !

Le rapport sur le développement humain, publié en 2011 par le Programme des Nations Unies, est sans appel : les inégalités en termes d’espérance de vie de part le monde restent énormes ! Au Japon, l’espérance de vie, nombre moyen d'années que peut espérer vivre un nouveau-né si les conditions de mortalité ayant prévalu au cours de la période étudiée demeurent inchangées durant toute sa vie, est de 83,4 ans. C’est la plus élevée des plus de 190 pays répertoriés. A l’autre bout du tableau se trouvent la Sierra Léone dont l’espérance de vie est de 47,8 ans et le Congo avec 48,4 ans. La France connaissait de tels chiffres en 1900.

Guerre, mortalité infantile, épidémie: une lecture complexe de ce phénomène

Évidemment, pour comprendre ces données il faut garder en mémoire le fait qu’elles représentent des moyennes et que les causes qui les expliquent sont multiples. Dans certains pays, une mortalité précoce peut expliquer que l’espérance de vie soit tirée vers le bas. Cette mortalité précoce peut en particulier être liée à des morts violentes en raison de guerres. Par exemple, en Afghanistan, l’espérance de vie est de 43 ans seulement. Mais une faible espérance de vie peut aussi être expliquée par une forte mortalité infantile. Ainsi en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, on compte que pour 1000 naissances, environ 170 enfants meurent avant 5 ans, alors qu’on dénombre 6 décès pour 1000 naissances dans les pays occidentaux. Ces différences peuvent être expliquées par la sous-alimentation qui touche ces pays. Par exemple, on estime qu’une personne sur trois en Afrique subsaharienne ne reçoit pas suffisamment de nourriture chaque jour pour combler les besoins vitaux de son organisme. A ces situations se combine souvent une très grande difficulté d’accès aux soins. Si on comptait 337 médecins pour 100.000 habitants en France en 2007, on en dénombrait seulement 3 en Ethiopie et 5 au Sénégal pour la même population. Enfin, le développement du SIDA a considérablement fait évoluer la question des différences d’espérance de vie. En Afrique subsaharienne, l’espérance de vie avait ainsi progressé de 11 ans entre les années 1950 et les années 1980 passant de 37 ans à 48 ans. Mais cette progression s’est fortement ralentie : entre 1980 et 2010 l’espérance de vie n’y a progressé que de trois ans pour plafonner aujourd’hui à 51 ans. Cette région comporte les plus fort taux de SIDA du monde on estime que 7,9% des personnes âgées de 15 à 49 ans sont infectées par ce virus, c'est-à-dire une proportion dix fois supérieur à celle enregistrée en Europe. Un véritable cercle vicieux de la pauvreté s’engage alors dans ces zones : les malades ne pouvant plus travailler et forcés de vendre leurs outils de travail pour financer leurs soins ruinent l’économie de leur pays qui ne peut développer un système de soin digne de ce nom.

Quelles solutions ? Une interrogation sur les modèles économiques de développement

Pour tenter de trouver des solutions à ces problèmes, les économistes doivent répondre à différentes questions assez générales, mais directement liées à la question des écarts d’espérance de vie: la croissance (qui mesure l’accroissement de la richesse économique d’un pays) permet-elle le développement (c’est-à-dire l’amélioration des conditions de vie, de la santé, de l’hygiène...) ou est-ce que le développement est une condition préalable à la croissance ? Les pays les moins avancés vont-ils, par les mécanismes économiques qu’il convient de ne pas contrarier, rattraper leur retard avec le temps ou faut-il intervenir pour les aider à se développer ? L’économiste américain W.W. Rostow (1916-2003) estime par exemple que tous les pays suivent les mêmes étapes qui les conduisent vers la prospérité: les pays les moins avancés se situeraient ainsi à une première étape dans laquelle se trouvaient au XIXème siècle les pays aujourd’hui développés. Pour une telle approche, le sous-développement est un simple retard de développement. D’autres spécialistes manifestent moins de foi dans les mécanismes économiques et considèrent les causes du développement plus largement. L’économiste et démographe français A.Sauvy (1898-1990) dégage ainsi neuf plaies du sous-développement liées à la démographie (une forte natalité, et une forte mortalité, mais une alimentation insuffisante), au travail (un secteur agricole peu productif qui requiert trop de main d’œuvre, un sous emploi urbain, et le travail des femmes et des enfants) et aux conditions socio-politiques (le développement nécessite l'avènement d'une classe moyenne et de la démocratie). Pour Sauvy, c'est en attaignant de telles conditions sociales qu'un pays peut s'enrichir dans la durée. Le débat est évidemment ouvert, mais derrière celui-ci, personne ne peut négliger des écarts qui demeurent révoltants.

Pour aller plus loin:

BALANDIER Geroges, Le tiers Monde : Sous-développement, préface d'Alfred Sauvy, Institut National d'Etudes démographiques, Travaux et Documents, cahier n°27, Paris, PUF, 1956

ROSTOW Walt Whitman, Étapes de la croissance économique, (traduction M.J Du Rouret), Paris, Editions du seuil, 1962.

PERKINS Dwight, RADELET Steven, LINDAUER David, Économie du développement, Bruxelles, De Boeck supérieur, dernière édition 2008.