Comprendre: la biodiversité menacée

Publié le 7 Mai 2013

Comprendre: la biodiversité menacée

Par les frères Marc Bellion et Jacques-Benoît Rauscher, op

On estime qu'il y a 8,7 million d'espèces différentes qui vivent sur terre (sans compter les bactéries). Elles se répartissent dans les différents écosystèmes de la terre. On désigne par le terme «biodiversité» la multiplicité qu'on retrouve au niveau des espèces et des écosystèmes.

La situation de la France, au carrefour de quatre régions biogéographiques (continentale, atlantique, méditerranéenne et alpine), lui confère l’un des patrimoines naturels les plus riches d’Europe. Cette remarquable biodiversité est en forte diminution et de nombreuses espèces sont menacées d’extinction. Elles sont soumises aux fortes pressions humaines liées au tourisme, à l’urbanisation, aux rejets industriels et domestiques, aux pratiques agricoles.

La biodiversité rend de nombreux services aux hommes. La production et la stabilité des sols, la dégradation de certains déchets et la contribution à la stabilité climatique, jusqu’aux bénéfices sociaux comme le repos et le tourisme, en passant par tout le spectre des ressources biologiques contenues dans un écosystème : nourriture, molécules pharmacologiquement intéressantes non encore découvertes.

Un défi lancé aux logiques marchandes

C'est l'exploitation des ressources naturelles à des fins économiques qui explique en grande partie la disparition de nombreuses espèces animales et végétales. Les atteintes à l'environnement pèsent à très long terme sur l'ensemble de la collectivité, mais les lois du marché qui prévalent dans nos échanges économiques peinent à intégrer les dommages subis par la nature.

En effet, alors que, dans les échanges de biens "standards", on considère que la valeur et le prix sont confondus, force est de constater que les biens naturels sont d'une très haute valeur, mais sont dépourvus de prix. Préserver une espèce végétale particulière peut, par exemple, avoir des conséquences directes pour la vie de l'homme et pour l'équilibre de la planète et donc être revêtu, à ce titre, d'une valeur inestimable. Mais il est impossible de donner un prix à cette préservation. Une des raisons de la difficulté de fixer un prix à un bien environnemental est qu'il peut répondre à de multiples besoins simultanés. A la différence des biens que nous échangeons couramment, il est par ailleurs très difficile d'attribuer la propriété des biens environnementaux à des acteurs particuliers: on peut bien posséder une forêt, vendre le bois de cette forêt, voire le droit de s'y promener, mais une multitude d'activités de la forêt (fixer le carbone, abriter des espèces animales utiles...) échappent à la main mise de son propriétaire.

Comprendre: la biodiversité menacée

Pour toutes ces raisons, des économistes considèrent que la puissance publique doit directement gérer les biens environnementaux sans passer par les logiques marchandes. D'autres, moins radicaux, estiment qu'il est possible d'intégrer dans les logiques marchandes l'impératif de préservation de l'environnement. C'est le cas par exemple des marchés des droits à polluer. Ce système consiste à fixer un seuil de pollution autorisé et à répartir des droits à polluer entre différentes entreprises. En fonction de leur activité spécifique, les entreprises peuvent acheter et vendre des droits à polluer aux autres entreprises. Ainsi une entreprise "propre" peut vendre son droit à polluer à une entreprise dont la production est par essence plus polluante, mais le seuil global de pollution fixé au départ dans le but de préserver l'environnement n'est pas dépassé.

Des solutions nouvelles sont à trouver pour concilier ces logiques économiques et écologiques. Une difficulté est que ces solutions doivent nécessairement être prises à l'échelle mondiale tant ces problèmes dépassent très largement les frontières nationales.

Pour découvrir un regard de croyant sur la biodiversité, cliquez ici

Pour découvrir une vidéo sur l'initiative des Moniales Dominicaines de Taulignan, cliquez ici

Pour aller plus loin

http://www.sciencemag.org/content/333/6046/1083.short

PRIETO Marc & SLIM Assen, Evaluation des actifs environnementaux: quels prix pour quelles valeurs ?, Revue Management et Avenir n°28, 2009

BONTEMS Philippe & ROTILLON Gilles, L'économie de l'environnement, Repères 252, Paris, La Découverte, 2007