Comprendre: 8,6 millions de pauvres en France

Publié le 6 Septembre 2013

Une enquête de l'INSEE publiée en 2012 indique que le taux de pauvreté a augmenté en France, s'élevant à 8,6 millions de personnes, soit 14,1% de la population. Les personnes considérées comme pauvres sont ainsi les personnes vivant avec moins de 964 euros par mois.

Selon cette enquête, le niveau de vie des Français a diminué ces dernières années. Mais cette diminution n'a pas touché de la même manière l'ensemble des ménages et a conduit à une augmentation des inégalités. La diminution du niveau de vie a été plus importante dans le groupe rassemblant les 10% des ménages les plus pauvres de la population. Dans le même temps, le niveau de vie des plus fortunés a augmenté. Les 10% les plus pauvres ont ainsi un niveau de vie 3,5 fois inférieur aux 10% les plus riches. (L'observatoire des inégalités a mis au point un outil permettant de voir à quelle part de la population votre rémunération vous fait appartenir, allez le tester. C'est instructif !)

Cette évolution ne doit pas masquer le fait que, grâce à son système de protection sociale, la France demeure un des pays développés qui compte le moins de pauvres. Cependant, l'enthousiasme des Trente glorieuses, qui imaginait que la pauvreté pourrait être éradiquée n'est plus de mise. Depuis le milieu des années 1980 puis au début de la décennie 2000, force est de constater que les taux de pauvreté ont augmenté en raison de la persistance du chômage et de l'augmentation de la pauvreté dans certaines catégories de la population. Ainsi, si les plus de 60 ans sont moins concernés par la pauvreté en général, la part des pauvres dans cette tranche d'âge est en très nette augmentation depuis le début des années 2000. La pauvreté touche aussi davantage les familles composées d'une femme élevant seule ses enfants (cf cri de Montesinos de juin 2013). Enfin, les immigrés sont plus victimes de la pauvreté: le taux de pauvreté des immigrés est près de 3 fois supérieur à la pauvreté du reste de la population.

Ces enquêtes reposent sur des mesures de la pauvreté qui sont toujours délicates. La définition retenue ici vise à définir un seuil (964 euros mensuels dans l'étude présentée; d'autres études retiennent d'autres seuils) en fonction du niveau de vie de l'ensemble de la population. En dessous de ce seuil, une personne est considérée comme pauvre. C'est une approche relative car elle dépend du niveau de vie de l'ensemble de la population. D'autres mesures sont possibles. Par exemple celles qui servent dans les comparaisons internationales, vont définir la pauvreté en fonction de la privation des biens et services nécessaires à la survie. C'est une approche absolue qui ne dépend pas des autres membres de la société, mais de la stricte poursuite d'une vie. La pauvreté par ailleurs n'a pas qu'une dimension monétaire. Etre privé de contacts humains, ne pas disposer de réseaux relationnels ou disposer d'un faible niveau d'éducation peut constituer une vraie pauvreté. Mais souvent, à une situation de pauvreté monétaire peuvent s'ajouter une situation de pauvreté relationnelle ou un faible niveau de diplômes. La désignation d'un individu ou d'un groupe d'individus comme pauvres parle par ailleurs autant des personnes désignées que de la société qui les désigne. Le sociologue Serge Paugam a ainsi montré, à travers le concept de disqualification sociale que la pauvreté était construite par les interactions sociales entre la personne pauvre et celles qui la perçoivent comme telle. Une personne est pauvre non pas d'abord parce qu'elle n'a que peu d'argent ou qu'elle n'a pas accès à certains biens de première nécessité, mais parce que le reste de la société la désigne ainsi.

Pour instructif et révoltant qu'il soit, le chiffre de 8,6 millions de pauvres en France ne dit pas tout de la complexité du phénomène de la pauvreté.

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