Une initiative: auprès des pauvres à Strasbourg

Publié le 6 Septembre 2013

Une initiative: auprès des pauvres à Strasbourg

Frère Sarmad, tu t'es engagé dans l'aumônerie des rues de Strasbourg. Qu'est-ce qu'on y fait ?

Nous sommes une dizaine de personnes. On se répartit en groupe et on part l'après-midi dans la rue à la rencontre des SDF. Un jour, Sophie Fauroux la fondatrice de l'association a dit une belle phrase : "On va à leur rencontre, on va sur leur territoire." C'est comme si tu vas chez quelqu'un, tu frappes à la porte, mais là il n'y a pas de porte, tu dis "bonjour" tu attends la réponse... Et puis après tu seras accueilli ou pas, cela dépend des personnes, de leur état. En gros, cette association est faite pour approcher les pauvres, surtout les SDF qui sont dans la rue. Mais on ne leur donne rien du tout pendant notre rencontre. Tout ce qu'on leur donne c'est parler, discuter, un peu d'amour, rigoler, faire des amis. Et puis on essaie de les aider non pas au niveau financier comme j'ai dit on ne leur donne rien, mais de les orienter dans des endroits où ils peuvent manger, aller dormir, où il y a des médecins. Surtout pour les SDF qui viennent de débarquer à Strasbourg et qui ne connaissent pas encore la ville.

Les personnes que vous rencontrez sont-elles heureuses de vous voir ?

Cela dépend. La plupart oui. Ceux qui sont là depuis longtemps savent que nous ne sommes pas là pour leur donner à manger ou leur donner des sous parce qu'il y a d'autres associations qui s'occupent de cela. Mais il y a ceux qui viennent d'arriver. Le premier pas est toujours difficile. On commence à dire bonjour... Et lui tout ce qu'il veut, c'est nous demander quelque chose ! Mais à la fin, il comprend qu'on ne va rien lui donner. Des fois on sent qu'on est bien reçu, ils sont très content de discuter, de parler. Des fois, ils ouvrent des sujets, ils nous parlent de leur vie. Ils nous confient des choses. Et des fois, on a des personnes qui sont vraiment bloquées dans leurs idées. Dès qu'ils voient qu'on ne leur donne rien. ils ne disent rien non plus. Alors on reste 3, 4, 5 mn sans paroles. On a l'impression qu'on n'est pas les bienvenus ou bien qu'on fait un barrage devant son panier. Donc on se retire, on part sans rien faire. Mais la plupart sont vraiment très heureux et ils nous attendent. Par exemple, avec notre groupe du mercredi, il y a des personnes qui nous disent "Ah enfin vous êtes là !" Ou bien s'ils ne nous voient pas la semaine d'avant, ils disent "vous n'étiez pas là la semaine dernière, qu'est-ce qui s'est passé ?" Ils s'inquiètent pour nous ! C'est une belle amitié qu'on a créé ensemble.

On apporte surtout des gestes humains. Le SDF n'attend pas forcément une pièce qui tombe dans son panier. Il attend plutôt une belle parole, quelqu'un qui s'occupe de lui. Quelqu'un qui lui dit "bonjour", "bonsoir", "Est-ce que ça va ?" Il faut prendre le temps de parler. Dans notre société, on est toujours pressé, même pour manger à midi, on a notre sandwich dans le train, tout doit aller vite, vite. On n'a même pas le temps de le regarder ! On a envie de lui donner quelque chose, on jette la pièce et on part tout de suite. Mais là surtout, on prend le temps de parler avec lui, de discuter avec lui, s'il nous accepte évidemment.

Est-ce que cela a été difficile au début de ne rien donner ?

Pour moi oui. La première journée, quand on est parti à leur rencontre, c'était difficile de dire bonjour et après de ne rien donner. Je me disais : "pourquoi pas venir avec un thermos de café, des gâteaux, des petites choses." Ensuite j'ai compris que si jamais on leur donnait quelque chose, alors la semaine suivante, ils vont attendre qu'on leur donne autre chose. Donc ce sera une rencontre matérielle, plutôt que spirituelle, pas dans le sens spirituel avec Dieu, mais spirituelle… humaine ! J'ai aussi appris que des fois, je suis dans la rue, j'ai rien dans mes poches, mais cela ne m'empêche pas de dire bonjour à la personne qui est dans la rue.

Qu'est-ce que tu retires de cette expérience ?

J'ai dit le mot, je le redis encore : j'ai fait des amis. C'est un plaisir quand je marche dans la rue de rencontrer quelqu'un que je connais, de parler avec lui, de discuter. A vrai dire ce sont des personnes normales comme les autres, sauf qu'elles sont dans la difficulté. Est-ce qu'il y a une personne, même si elle vit dans un château, qui n'a pas de difficulté dans sa vie ? Je ne pense pas. Mais eux, ils ont besoin d'un geste de charité... qui est introuvable ! On le trouve, mais rarement. Parce que la société bouge trop vite. Finalement, je retiens une chose : je suis content d'avoir trouvé des nouveaux amis qui sont pauvres et qui m'apprennent moi aussi à vivre comme un pauvre, même si j'ai de l'argent dans ma poche.

Et dans ta vie de religieux ?

Quand on approche les pauvres, on prie autrement. On se met à prier pour un autre. On demande à Dieu ce qu'on peut faire pour aider cette personne. On demande à Dieu : "agis en moi pour que j'arrive à les aider." Aujourd'hui, je me demande comment on peut trouver une solution pour eux. Déjà leur parler, c'est une solution humaine. Mais est-ce qu'on peut vraiment les aider à sortir de leur vie quotidienne dans la rue, dans l'alcool, la drogue, etc. ? Personnellement, comme irakien, il m'est difficile de trouver des idées. Mais j'aimerai bien que quelqu'un un jour ou l'autre sorte comme Don Bosco, qui a fait une usine d'apprentissage pour les enfants pauvres de la rue. Aujourd'hui pouvons-nous trouver autre chose pour aider ces personnes qui veulent sortir de leur vie dans la rue ? Parce qu'il y en a, c'est leur choix de vivre là. Mais il y en a d'autre qui aimeraient bien s'en sortir, et ils n'y arrivent pas. Il faut que quelqu'un les aide. Il nous faut donc prier.

Pour lire une analyse sur la pauvreté des familles en France, cliquez ici

Pour écouter le regard d'un théologien sur la pauvreté, cliquez ici

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Une présentation par Alsace Media de l'aumônerie des rues